Piégeage du frelon asiatique : quand et comment piéger ?

Ce que les études établissent, et pourquoi piéger dans son jardin fait plus de mal que de bien.

Si vous êtes un particulier et que vous voulez piéger dans votre jardin : ne le faites pas. Les pièges disponibles ne sont pas sélectifs, ils tuent massivement d'autres insectes, et ils n'ont aucun effet sur le nid que vous cherchez à éliminer. Le piégeage n'a d'intérêt démontré que dans deux situations : autour d'un rucher sous pression, et dans le cadre d'une action de printemps coordonnée à l'échelle d'un territoire.

L'essentiel à retenir
  • Aucun piège n'est totalement sélectif. Tous capturent d'autres insectes.
  • L'Anses déconseille les pièges bouteille au grand public : ils tuent des insectes utiles sans impact sur le nid visé.
  • Le piégeage de printemps fonctionne, mais collectivement : de l'ordre de 59 pièges pour 3 km², sur plusieurs années consécutives.
  • Arrêtez dès la capture des premiers frelons européens.
  • Le piégeage d'automne au rucher déçoit : on prélève un flux, pas une source.

Faut-il piéger le frelon asiatique ?

Il n'existe à ce jour aucun piège totalement sélectif. Aucun dispositif disponible ne capture uniquement le frelon asiatique : vous prendrez aussi des guêpes, des mouches, des papillons et des frelons européens — dont beaucoup sont utiles, et dont certains sont en déclin.

C'est la raison pour laquelle l'Anses, dans ses recommandations de prévention, écrit explicitement de ne pas installer de pièges de type bouteille en plastique avec du sirop : « ils tuent les autres insectes indispensables à la biodiversité et n'auront quasiment aucun impact sur le nid visé ».

Le raisonnement est simple : capturer des ouvrières ne réduit pas la production du nid, qui continue d'en produire. Un piège posé près d'un nid actif prélève un flux, pas une source.

Ce qui a changé depuis 2021
Longtemps, on a pu écrire qu'aucune donnée scientifique ne démontrait l'utilité du piégeage des fondatrices. Ce n'est plus exact. Les travaux de l'ITSAP conduits de 2016 à 2020 établissent que le piégeage de printemps réduit l'implantation des nids — à condition d'être mené avec une densité de pièges élevée et sans interruption sur plusieurs années. La question n'est donc plus « est-ce que ça marche ? » mais « est-ce que l'effort consenti est à la hauteur de ce qui est nécessaire ? ».

Le piégeage de printemps des fondatrices

Au sortir de l'hivernage, les fondatrices cherchent un endroit où bâtir leur nid primaire. Elles sont actives plus tôt en saison que leurs homologues européennes. Chaque fondatrice capturée à ce moment correspond à un nid qui ne verra pas le jour — d'où l'intérêt de cette fenêtre.

Les travaux de l'ITSAP menés sur trois départements donnent deux repères chiffrés :

  • La continuité prime : un piégeage répété sans interruption pendant quatre années est deux fois plus efficace que le même effort mené sur trois ans.
  • La densité requise est élevée : de l'ordre de 59 pièges pour 3 km², soit un espacement d'environ 350 mètres.

Autrement dit, quelques pièges posés isolément dans un jardin n'ont pas d'effet mesurable à l'échelle qui compte. C'est une action collective, coordonnée à l'échelle d'un territoire, ou ce n'est rien — et dans ce dernier cas, il ne reste que les dégâts sur les insectes non ciblés.

En l'absence de pièges et d'appâts totalement sélectifs, l'ITSAP recommande de limiter le piégeage de printemps aux zones où la prédation menace réellement la survie des colonies d'abeilles, en particulier autour des ruchers ayant subi des mortalités hivernales attribuées au frelon.

Quand arrêter le piégeage ?

Dès que les premiers frelons européens se font prendre. Le frelon européen est une espèce indigène, utile, qui cohabite sans difficulté majeure avec les abeilles et qui peut même s'en prendre au frelon asiatique. Il est inutile et contre-productif de le piéger.

Sa sortie d'hivernage, plus tardive, marque en pratique la fin de la fenêtre pendant laquelle le piégeage cible préférentiellement les fondatrices de frelon asiatique.

Un piège laissé en place toute l'année est une erreur : il devient un piège à biodiversité sans bénéfice.

Quel piège choisir ?

Si vous piégez dans un cadre justifié, le choix du modèle change tout.

Privilégiez les pièges de type nasse à cônes d'entrée, avec une séparation entre l'appât et la chambre de capture. Ce principe retient les fondatrices tout en laissant les petits insectes ressortir, et évite qu'ils se noient dans le liquide.

Les pièges cloche et les pièges bouteille sont à éviter : leur sélectivité est particulièrement mauvaise. Si vous n'avez que cela sous la main, adaptez-les au minimum — une éponge ou un double fond pour empêcher la noyade, et des trous de 5 mm maximum pour permettre aux petits insectes de s'échapper. Ce sont des correctifs, pas une solution.

Dans tous les cas, relevez vos pièges régulièrement et relâchez les insectes non ciblés encore vivants. Un piège non relevé est un piège non sélectif.

Quel appât ?

Un mélange sucré fermenté fonctionne bien : par exemple un tiers de sirop de fruits rouges, un tiers de bière brune et un tiers de vin blanc. La présence de vin est importante : elle limite nettement l'attraction des abeilles, qui ne le supportent pas.

N'utilisez jamais de produit à base de protéines animales au printemps : cela attirerait indistinctement de nombreuses espèces.

Piéger au rucher : ce qui marche et ce qui déçoit

Lorsque des frelons asiatiques exercent une forte pression sur un rucher, le piégeage est souvent le premier réflexe. C'est pourtant le levier le moins efficace.

L'ITSAP juge l'efficacité du piégeage d'automne « souvent décevante » pour protéger les ruchers, pour la même raison que précédemment : le nid continue d'envoyer de nouvelles chasseuses.

Les leviers dont l'efficacité est mieux établie sont ailleurs :

  • la destruction des nids proches, que l'ITSAP considère comme la meilleure solution ;
  • les muselières posées sur les ruches dès la mi-juillet ;
  • les harpes électriques, surtout en pression moyenne à forte ;
  • la réduction des entrées.

Comment protéger un rucher du frelon asiatique ?

Que dit la réglementation sur le piégeage ?

La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 prévoit qu'un plan national de lutte définisse les orientations en matière de piégeage sélectif, dans le respect des préconisations scientifiques visant à protéger les espèces non ciblées.

Ce plan national n'est pas encore adopté. Son entrée en vigueur suppose la publication au Journal officiel d'un arrêté conjoint des ministres chargés de l'environnement et de l'agriculture. Tant qu'il ne l'est pas, les plans départementaux qui doivent en préciser les modalités locales ne peuvent pas être arrêtés.

Aucun texte n'interdit ni n'impose aujourd'hui le piégeage à un particulier. Les recommandations présentées sur cette page sont d'ordre technique et scientifique, pas réglementaire.

Obtenez des QR codes pour suivre vos pièges

Si vous piégez, mesurez. Chaque QR code est un identifiant unique que vous collez sur votre piège.En le scannant à chaque relevé, vos captures sont enregistrées,géolocalisées et contribuent à la lutte collective — sans avoir besoin de créer un compte.

C'est exactement ce que recommandent les protocoles : un piégeage qui n'est pas relevé et comptabilisé ne permet ni d'évaluer son efficacité, ni de justifier son maintien.

Demander mes QR codes gratuitement

Jusqu'à 20 QR codes par demande · aucune inscription requise · envoi par email

Partagez votre expérience et vos recettes de pièges

Inscrivez-vous gratuitement en tant que piégeur : vous pourrez partager vos recettes et vos expériences avec les autres utilisateurs dans notre forum.
Vous pourrez également enregistrer vos pièges et suivre leur efficacité au fil du temps en partageant vos données de comptages réguliers.

FAQ

Questions fréquentes


Piéger fait-il diminuer le nombre de frelons chez moi ?

Non, sauf au printemps et de façon coordonnée. Un piège posé en été ou en automne près d'un nid actif ne réduit pas la colonie : elle produit de nouvelles ouvrières plus vite que vous n'en capturez.

Les pièges du commerce sont-ils meilleurs ?

Aucun piège commercialisé n'est totalement sélectif à ce jour. Le critère à regarder est la présence de cônes d'entrée et d'une séparation entre l'appât et la chambre de capture, pas les allégations commerciales.

Puis-je piéger pour protéger mes fruits ou ma terrasse ?

Ce n'est pas recommandé. Couvrez les aliments et les boissons sucrées, et le problème se règle sans piège ni impact sur les autres insectes.

J'ai repéré un nid, dois-je piéger autour ?

Non : signalez-le. Le piégeage ne remplace pas la destruction d'un nid actif. J'ai trouvé un nid : que faire ?